La récente question écrite adressée au ministère de la Transition écologique remet en lumière une faiblesse persistante du Diagnostic de Performance Énergétique : son incapacité à intégrer les consommations réelles lorsqu’elles existent. Aujourd’hui, le DPE repose effectivement sur une méthode conventionnelle, construite à partir de caractéristiques techniques du logement, sans tenir compte des factures effectivement observées. Une fiche informative peut, certes, évoquer d’éventuels écarts, mais elle ne modifie ni la classe énergétique ni l’étiquette qui en découle. Cette limite interroge, alors que le DPE influence désormais la mise en location, l’accès aux aides et la valeur patrimoniale des biens.
L’enjeu est simple. Un logement peut être classé en catégorie modeste tout en affichant, factures à l’appui, une consommation nettement inférieure à l’estimation conventionnelle. À l’inverse, un bien correctement noté peut se révéler énergivore selon l’usage qui en est fait. La méthode actuelle ignore ces contrastes. Alors même que les ménages s’appuient sur le DPE pour anticiper leurs futures dépenses, évaluer la pertinence d’un achat ou apprécier les coûts d’un projet locatif. Cette déconnexion entre théorie et vécu énergétique crée donc une incertitude qui fragilise la confiance dans l’outil.
L’intégration de données réelles, lorsqu’elles sont disponibles, permettrait d’améliorer l’information fournie aux futurs occupants et d’offrir une vision plus nuancée de la performance. Elle aiderait, de plus, à identifier les logements nécessitant des travaux. Tout en distinguant ceux qui, par la qualité de leur usage ou de leur équipement, présentent un niveau de consommation maîtrisé. Une telle orientation renforcerait donc la cohérence entre exigences réglementaires, dispositifs de soutien à la rénovation et réalité énergétique des biens.
Le Sénat attend désormais une clarification du ministère. L’État est-il prêt à faire évoluer le DPE pour intégrer, de manière encadrée, les consommations mesurées ? Une réponse en ce sens constituerait un signal important pour fiabiliser l’outil et améliorer la transparence d’un marché en profonde transformation.